Jeter un pavé dans la mare

Suppositorium

Le jet d’un pavé dans la mare sur commande.

L’avènement d’internet et le recours systématique aux intelligences artificielles dans l’aide au choix, a réussi à séduire notre cerveau toujours avide d’économie d’énergie. Le retour arrière pour notre génération est impossible. Nous pressons des boutons pour subvenir aux besoins primaires, et nous mandatons les machines pour gérer au mieux notre quotidien. Nous nourrissons des algorithmes par des données, qui nous nourrissent à leur tour en calculant les économies d’énergie qu’elles nous font réaliser en nous aidant dans nos choix.
Les algorithmes nous connaissent mieux que nous nous connaissons.

Si bien que notre cerveau change, se lisse, et les révolutions se font assis derrière son ordinateur…si l’algorithme le calcule favorablement.

Histoire

« C’est pour moi, un symbole devenu un bien de consommation classique.
 Donner la possibilité de jeter un pavé dans la mare sans avoir à sortir, depuis un simple clic sur un bouton.
La première fois que j’ai reçu une commande pour aller jeter un pavé dans la mare c’était en 2008, pendant la crise grec et l’effondrement des marchés. A cette époque, un client achetant un pavé à jeter dans la mare, cliquait sur un bouton, et je partais jeter le pavé dans la mare. Pour moi, l’acte était gratuit et beau. Je ne demandais pas de justification, rien. Seule la personne qui commandait le pavé à jeter dans la mare en connaissait la raison.

En 2016 j’ai été perquisitionné par deux inspecteurs experts de la DGCCRF dite « enquête de filières » qui m’ont demandé de justifier qu’il s’agissait bien de mares et non pas de lacs et d’apporter des preuves que les pavés étaient bien jetés. Choses que j’ai pu facilement prouver, chaque pavé étant numéroté, filmé ou photographié.

 

En 2018, je pense avoir commis l’erreur d’ajouter la possibilité pour le commanditaire de motiver le jet du pavé et de le rendre public. Cela a engendré une croissance forte de la demande, et un rythme affolant d’un pavé par jours.
Contre les femmes battues, contre les licenciements, contre les pesticides etc.
J’ai été obligé de recruter et ouvrir trois autres mares en France et une aux Etats-Unis.
C’est un des métiers de Paolo Porzi, jeter des pavés dans la mare. Je lui envoie le pavé depuis Paris. Il le réceptionne en Haute Savoie, et marche une heure avant de le jeter dans la « Mare des corps perdus » au Praz-de-Lys.
Cependant, il me semble que le jet a perdu son âme, happée par les réseaux sociaux pour devenir un objet publicitaire. J’ai donc décidé en 2020 de ne plus rendre public les motivations des pavés.

 

C’est un métier qui n’est pas facile. Lorsque les mares ne sont pas disponibles, ou que les opérateurs font défaut, je me charge de jeter le pavé à Paris, dans le jardin du Luxembourg, ou dans le Parc Montsouris, même si les bassins ne sont pas aux normes.
Le gros problème que rencontre les opérateurs, surtout en Haute Savoie, est l’assèchement des mares. J’ai également constaté cela lors d’un examen de contrôle. Il arrive de marcher des heures et des heures avant de trouver une mare conforme.
Jeter un pavé dans la mare… comme ça, parfois pour rien, finalement je trouve ça dingue. Les gens sont fous. »

Date:
Category:

Fondation c h e z b e l e t t e
pour le Suppositoire contemporain.
77 rue amelot
75011 Paris

Renseignements et réservation :
+331 70 75 07 85